Le pillage des mers françaises par les chalutiers géants néerlandais est un symbole éclatant de la politique européenne, pourtant présentée par nos politiciens comme une protection contre les distorsions de concurrence.


Le chalutier-usine Maartje Theadora, long de 140 mètres pour 9 000 tonnes,est capable de pêcher jusqu’à 200 tonnes de poissons par jour.  Appartenant au géant néerlandais Parlevliet & Van der Plas (P&P) via une filiale allemande (Westbank Hochseefischerei), ce mastodonte opère régulièrement dans la zone économique exclusive (ZEE) française.


Son pavillon allemand, sa gestion néerlandaise et ses quotas français illustrent une optimisation juridique rendue possible par la Politique commune de la pêche (PCP) de l’Union européenne. P&P, via des rachats (Euronor et Compagnie des pêches de Saint-Malo en 2011, CFTO en 2016) et des filiales locales, a capté une part massive des droits de pêche hexagonaux. Selon une enquête récente de l’association BLOOM et du consortium néerlandais Spit, les cinq majors néerlandais (« Big Five »), dont P&P, contrôlent via 24 navires industriels sous pavillon français une part significative des quotas réservés à notre pays par Bruxelles concernant la pêche des espèces pélagiques.


Les chiffres sont éloquents : ces sociétés détiennent près de 15 % de l’ensemble des quotas français, avec des pics à 50 % pour le maquereau, 40 % pour le merlan bleu et 30 % pour le hareng. Un chalutier français classique, de 18 mètres et 80 tonnes, peine à capturer une tonne par jour.

Chaque géant comme le Maartje Theadora équivaut ainsi à l’activité de 200 familles de pêcheurs artisanaux. Le poisson est immédiatement congelé à bord à -40 °C puis débarqué aux Pays-Bas pour transformation et exportation internationale. Aucun bénéfice local n’en découle : ni emplois en France, ni retombées économiques pour les ports normands ou bretons.


Cette situation n’est pas nouvelle. Dès 2012, le Maartje Theadora avait été arraisonné au large du Cap d’Antifer avec 2 000 tonnes de prises illégales, entraînant une amende record de 595 000 euros. Pourtant, ces pratiques de surpêche persistent. Les associations de pêcheurs artisanaux, comme Pleine Mer, dénoncent un « accaparement » qui asphyxie la pêche artisanale française, déjà confrontée à la bureaucratie européenne, aux restrictions et normes écologiques et à la flambée du prix du carburant.
La PCP, censée préserver les stocks, favorise en réalité la concentration industrielle au détriment des flottilles traditionnelles, qui représentent 90 % des emplois mais seulement 40 % des captures.


Derrière le discours environnemental de Bruxelles se cache une réalité plus crue : la mutualisation des ressources au profit des acteurs les plus puissants. Les quotas, fixés au niveau européen puis redistribués via des organisations de producteurs, permettent aux multinationales néerlandaises de et de contourner les protections nationales. Résultat : la France, pourtant dotée de la deuxième ZEE maritime du monde, voit ses richesses halieutiques pillées sans contrepartie, tandis que ses pêcheurs plient sous les normes et les amendes.


Cette affaire dépasse le seul secteur de la pêche. Elle incarne le modèle européen. C’est une intégration économique qui, sous couvert de solidarité, organise le transfert de souveraineté et de richesses au profit de quelques oligopoles. Face à l’effondrement des stocks pélagiques, victimes de la surpêche, et à la colère croissante des artisans pêcheurs poussés à la faillite, la question se pose : jusqu’à quand la France acceptera-t-elle de voir son patrimoine maritime transformé en gâteau à partager entre quelques géants ?
La reconquête d’une politique nationale des pêches, indépendante des logiques bruxelloises, apparaît comme une urgence pour préserver à la fois l’économie côtière et la ressource halieutique.

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