L’Allemagne vient d’obtenir le feu vert de Bruxelles pour subventionner massivement l’électricité consommée par ses industries électro‑intensives, entre 2026 et 2028.
Le dispositif, d’un coût d’environ 3,8 milliards d’euros par an, plafonne le prix de l’électricité pour quelque 9 500 entreprises (chimie, sidérurgie, ciment, verre, aluminium, semi‑conducteurs, data-centers, etc.) autour de 50 €/MWh.
Pour la France, pays pourtant doté d’un parc nucléaire bon marché et qui ne pourra bénéficier des mêmes mesures, cette décision confirme une asymétrie de plus en plus brutale dans la compétitivité industrielle européenne.
Alors que l’Allemagne protège ouvertement son tissu industriel en déformant, mais avec l’accord de l’UE, la logique du marché de l’électricité, la France reste enfermée dans un cadre européen structurellement défavorable pour son industrie. Le prix de gros de l’électricité en France, calqué sur le “marché couplé” européen, reste largement indexé sur le coût du gaz allemand, si bien que de nombreuses usines françaises paient entre 70 et 110 €/MWh, tandis que leurs homologues allemandes verront donc leur facture plafonnée 50 €/MWh
Cet écart représente une véritable concurrence déloyale pour les sites français, déjà fragilisés par des années de sous‑investissement et de politiques énergétiques ambiguës.
Derrière cette humiliation française instituée par la Commission européenne, la question n’est ni plus ni moins que celle de la survie industrielle de notre pays.
L’Allemagne, forte de ses capacités budgétaires et de son influence politique à Bruxelles, utilise les mécanismes européens pour protéger son industrie , tandis que la France, plus endettée et contrainte par ses propres boucliers tarifaires, se prive de toute marge de manœuvre. Le gouvernement français, coincé entre la loyauté au marché européen et l’urgence de préserver des aciéries, fonderies ou sites pétrochimiques, donne l’impression d’assister à une dégradation de sa compétitivité sans réagir.
Au‑delà de la colère légitime que celà suscite chez nos industriels, l’enjeu est stratégique : en laissant l’Allemagne se doter d’un “bouclier électro‑industriel”, la France renforce son rôle de fournisseur d’énergie bon marché sans bénéficier d’un traitement équivalent pour son propre secteur industriel. La prolongation de ce déséquilibre menace à moyen terme la capacité de la France à maintenir une industrie lourde viable, et donc sa place dans la chaîne de valeur européenne.
En refusant de réformer le fonctionnement du marché de l’électricité et en tolérant les subventions massives de Berlin à son industrie, Paris s’expose à une compétition industrielle où nous avantageons l’Allemagne à notre détriment.
L’Union européenne s’était construite sur le dogme de la « concurrence libre et non faussée ». On constate jour après jour que cette notion ne s’applique que lorsqu’elle ne gêne pas les intérêts de Berlin.






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