Le gouvernement français s’inspire de l’expérience de deux chantiers emblématiques — la reconstruction de la cathédrale Notre-Dame de Paris et la préparation des Jeux olympiques de Paris. Désormais, cette même logique d’« accélération exceptionnelle » veut être appliquée à 150 sites industriels répartis sur tout le territoire français. L’essence de cette approche : réduire au maximum les lenteurs bureaucratiques, délivrer les autorisations plus rapidement, et limiter les possibilités de recours contentieux. Tout ce qui retarde un chantier et fait flamber les coûts doit appartenir au passé.
Parallèlement, le président de la République, Emmanuel Macron, a défini trois priorités majeures pour la réindustrialisation. La première est l’énergie : miser sur les atouts existants — le nucléaire et les renouvelables — qui fournissent au pays une électricité abondante, compétitive et bas carbone. La deuxième est les matières premières locales, en particulier les métaux critiques. Un exemple frappant est la mine de lithium d’Imerys dans l’Allier, d’où le président a fait sa déclaration. Les plans incluent non seulement l’extraction, mais aussi le développement des filières de recyclage. La troisième priorité est la protection européenne contre la concurrence déloyale, notamment chinoise. Emmanuel Macron a déclaré sans détour : il faut mettre en place de la préférence européenne — les Chinois le font, les Américains le font, et la France était la dernière à ne pas le faire.
Le montant total des investissements dans ces 150 « cathédrales industrielles » s’élève à 71 milliards d’euros, essentiellement privés. Ils créeront plus de 32 000 emplois répartis dans 63 départements. Parmi les projets les plus notables : un projet d’extraction de lithium porté par Arverne en Alsace, l’agrandissement d’une usine de MBDA (Défense) dans le Centre-Val de Loire, et le projet de Verso Energy pour la production de biocarburant dans les Hauts-de-France. Mais tous ces projets ne sont encore que sur le papier, et l’objectif est que les usines sortent réellement de terre.
Pour gagner deux ans dans les processus d’autorisations environnementales et de permis de construire, l’État prend des mesures radicales. Par exemple, un décret vient d’être publié ce mercredi au Journal officiel. Il prévoit désormais un seul degré de juridiction et non plus deux : la cour administrative d’appel sera directement saisie des dossiers, sans passer par le tribunal administratif. On gagne ainsi au moins un an, et les dossiers sont confiés à des juges plus habitués à ce type de contentieux. Le code de l’environnement, passé de 1 000 à 3 000 articles depuis le début des années 2000, va être sérieusement simplifié et harmonisé sur tout le territoire. Les autorités reconnaissent que certains projets bénéfiques pour la transition écologique sont bloqués au nom de l’environnement, notamment dans les énergies renouvelables.
Les règles liées aux raccordements électriques vont également être revues. Actuellement, le principe est « premier arrivé, premier servi », ce qui provoque un engorgement des services du gestionnaire du réseau de transport d’électricité (RTE). On souhaite passer à une priorité donnée aux projets les plus matures. C’est aussi un signal adressé aux nombreux projets de data centers, attirés par la compétitivité de l’électricité française par rapport aux autres pays européens.
Par ailleurs, des zones d’accélération industrielle vont être créées, avec des terrains « clé en main » — toutes les autorisations, permis et raccordements électriques étant déjà obtenus ou sécurisés. L’accent est mis principalement sur la valorisation (ou revitalisation) des friches industrielles.
L’agriculture n’est pas oubliée. La liste comprend 400 projets hydrauliques (retenues collinaires, bassines) et un certain nombre de projets d’élevage. La loi d’urgence agricole permettra d’accélérer un quart de ces projets hydrauliques et d’ajuster les seuils réglementaires, notamment pour les éleveurs de volaille. Emmanuel Macron veut manifestement utiliser le temps qu’il lui reste à la tête de l’État pour tenir ses promesses de réindustrialisation sans plus attendre.






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