Depuis une quinzaine d’années, la doctrine du « régime change » appliquée à l’Iran apparaît aujourd’hui comme un échec stratégique total, tant sur le plan politique que militaire.
Les promesses de renversement du pouvoir des mollahs par la pression extérieure, les sanctions, les campagnes de désinformation, les aides aux sécessionnistes kurdes ou baloutches et enfin les frappes aériennes se sont heurtées à une réalité implacable : la République islamique, telle le roseau de La Fontaine, plie mais ne rompt pas.

Contrairement à l’Irak de 2003, où l’intervention terrestre a balayé le régime de Saddam Hussein et du Baas, l’Iran n’a jamais été conquis par une invasion étrangère depuis Gengis Khan.
Les frappes ciblées, les coups infligés à ses forces régionales et même les guerres de douze jours avec Israël et les États‑Unis ont affaibli Téhéran, mais n’ont débouché sur aucun changement de pouvoir.
Les Gardiens de la révolution, les Pasdaran et les milices chiites ont certes subi des revers, mais ils demeurent le pivot du système, mobilisés par un discours de résistance et de survie. On peut même estimer qu’ils en sortent renforcés par le réflexe d’union nationale devant l’agression étrangère et aussi par l’élimination par ces mêmes frappes des éléments modérés comme Ali Larijani.
Le « regime change » a échoué surtout parce qu’il tablait sur un soutien populaire très surestimé. Les élites américaines, néoconservatrices ou simplement mondialistes, ont longtemps imaginé que le peuple iranien se soulèverait dès que la pression extérieure serait suffisante. Or, les Iraniens ont montré à maintes reprises que leurs mobilisations répondent à leurs propres logiques sociales, économiques et culturelles, et non à des scénarios imposés par Washington, Tel‑Aviv ou leurs relais régionaux.
Les mouvements contestataires, de celui de Mahsa Amini à la vague de grèves et de désobéissance de 2023‑2026, restent internes, fragmentés et privés d’une structure politique claire, ce qui empêche qu’ils soient directement recyclés en « révolution » extérieure. Enfin, le régime a survécu en transformant chaque crise extérieure en prétexte de recentralisation autoritaire. Avec la guerre, la répression s’est intensifiée, les défections dans l’armée ont été contenues, et la propagande officielle a reconstruit une façade de « victoire morale » face à la « coalition impérialiste ».
Contrairement à l’Irak, où l’invasion terrestre US a mis a bas Saddam Hussein et les structures du Parti Baas, l’Iran n’a jamais été décapité politiquement ni écrasé militairement : il a certes perdu des capacités de riposte, mais gagné en cohésion interne. En définitive, la tentative de « régime change » en Iran n’a produit ni la chute des mollahs, ni la libéralisation du pays, ni la démocratisation promise. Au contraire, elle a surtout renforcé les Gardiens de la Révolution qui sont désormais, bien plus que les mollahs, aux commandes du pays.
L’image de la Patrie en danger, entourée de menaces extérieures, a fourni aux pasdarans une justification idéale pour la répression des opposants et la fermeture au pluralisme. La conclusion est évidente : en Iran, le changement politique ne viendra pas des leçons de morale des chancelleries occidentales et encore moins des bombardements mais d’une évolution interne, encore incertaine, qui échappe à la grille de lecture des stratèges de Washington.






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