L’Union européenne a annoncé le lancement prochain d’une application mobile de vérification de l’âge. Selon les responsables européens, l’outil doit protéger les mineurs contre les contenus dangereux et illégaux en ligne. Des tests ont été menés dans plusieurs pays européens depuis l’année dernière.

L’utilisateur n’a besoin de scanner qu’une seule fois son passeport ou sa carte d’identité. Par la suite, le système permettra de prouver son âge sans divulguer de données superflues : la technologie dite des « preuves à divulgation nulle de connaissance » (Zero-Knowledge Proofs) est promise. Selon Ursula von der Leyen, cela se fait de manière « complètement anonyme, et sans pouvoir être tracé ».

L’application n’a pas encore été mise en accès public, mais des journalistes, dont l’AFP, ont pu assister à une démonstration dans les locaux de la Commission à Bruxelles. Elle pourra à terme être téléchargée sur les magasins d’application d’Apple et Google. Les États membres pourront intégrer cette solution dans leurs systèmes nationaux (comme les portefeuilles d’identité numérique), et les plateformes en ligne pourront se reposer sur elle pour s’assurer de l’âge de leurs utilisateurs.

Particulièrement actifs sur ce sujet, la France, le Danemark, la Grèce, l’Italie, l’Espagne et Chypre poussent eux-mêmes Bruxelles à accélérer le mouvement. Emmanuel Macron a d’ailleurs organisé une visioconférence avec des dirigeants européens pour maintenir la « pression » et rallier d’autres pays à cette cause. L’ordre du jour inclut la mise en place d’un seuil d’âge commun (ou « majorité numérique »), dont la fourchette varie actuellement de 14 à 16 ans. La France souhaite interdire les réseaux sociaux aux moins de 15 ans dès la rentrée de septembre.

Les organisations de défense des libertés en ligne se montrent sceptiques. Simeon de Brouwer, du réseau d’ONG European Digital Rights (EDRi), a qualifié l’annonce de « complètement vide » : rien de nouveau à part des promesses renouvelées d’appliquer avec retard le règlement européen sur les services numériques (DSA). Selon lui, se reposer sur la vérification d’âge est une mauvaise approche, car cela empiète sur les libertés publiques tout en dédouanant les plateformes de leurs responsabilités. Certains vont jusqu’à affirmer qu’aucun anonymat ne sera réellement garanti, car l’internaute doit de toute façon s’identifier auprès d’un tiers de confiance. Bastien Le Querrec, juriste de l’association française La Quadrature du Net, ajoute qu’il s’agit d’« une vision paternaliste de la régulation des contenus en ligne, qui ne poursuit pas un réel objectif de protection des enfants, sinon on s’attaquerait aux modèles économiques addictifs des réseaux sociaux ».

Laisser un commentaire

Trending

En savoir plus sur Souveraineté populaire

Abonnez-vous pour poursuivre la lecture et avoir accès à l’ensemble des archives.

Poursuivre la lecture