La crise géopolitique qui couvait a éclaté et a ainsi révélé au grand jour les faiblesses du Vieux Continent.

La fermeture du détroit d’Ormuz, couplée à l’interruption brutale de la prod de gaz qatari, suite aux bombardements iraniens sur les infrastructures de Doha, plonge aujourd’hui l’Europe dans une tourmente économique sans précédent depuis les chocs pétroliers des années 1970.

Ce goulet stratégique, par lequel transitent près de 40% du gaz naturel liquéfié mondial, était la dernière artère énergétique sur laquelle comptaient les pays européens après avoir rompu leurs liens avec Moscou.

Le choix politique d’écarter le gaz russe, présenté comme un geste moral et géopolitique, se heurte désormais à la réalité implacable des marchés énergétiques.

Dès l’annonce du blocus, les prix du gaz sur les places de Rotterdam et de Londres se sont envolés de près de 50 % en 24 heures.

Les stocks européens, déjà tendus à la sortie de l’hiver, ne suffiront pas à alimenter les industries lourdes et les réseaux de chauffage au-delà d’avril. La sidérurgie, la chimie, et la production d’engrais seront à l’arrêt.

Le spectre d’une récession généralisée va s’imposer, tandis que les États peineront à juguler l’inflation.

Chaque pays européen, jouant cavalier seul, tentera de sécuriser ses rares contrats restants en Algérie, comme l’a anticipé intelligemment l’Italie de Giorgia Meloni, ou bien se tournera vers le gaz de schiste des États-Unis, mais tout cela à des prix exorbitants.

L’idée même d’une souveraineté énergétique européenne apparaît donc comme une illusion, révélant des années d’improvisation et d’idéalisme hors sol. Face à la contraction brutale des importations, même les ambitions climatiques, naguère brandies comme une priorité absolue, seront, dans l’urgence, reléguées au second plan.

La question se pose crûment : comment une puissance économique de cinq cents millions d’habitants a-t-elle pu s’exposer volontairement à un tel naufrage ?

En voulant « punir » la Russie tout en dépendant du Moyen-Orient, l’Europe a perdu sur les deux tableaux.

Faut-il y voir de la naïveté, ou une forme de déni collectif ? Au fond, c’est la santé intellectuelle et la lucidité politique de figures comme Macron, Starmer ou Merz qu’il faut interroger. Car pour mener un continent entier au bord du gouffre en prétendant l’unir et le rendre ainsi plus fort, il faut soit une foi aveugle, soit une inquiétante méconnaissance du réel.

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