Le communiqué conjoint de l’Élysée, co‑signé par l’Allemagne et le Royaume‑Uni, marque un tournant dans l’implication française face à l’Iran : Paris ne se contente plus de « condamner » mais annonce qu’elle est prête à « détruire la capacité de l’Iran à tirer des missiles et des drones à leur source », en coordination avec Washington et ses alliés régionaux, les pays de la péninsule arabique et Israël.

Cette formulation ouvre clairement la porte à des frappes préventives sur le territoire iranien, au‑delà de la seule protection passive de bases ou d’alliés. En assumant la possibilité d’actions « nécessaires et proportionnées » pour neutraliser les moyens iraniens, la France se place de facto dans une logique de coparticipation à une campagne militaire initiée par les États‑Unis et Israël, alors même que ces derniers ont conduit des attaques massives sur l’Iran qui ont tué plusieurs dirigeants du régime, entraînant en retour une salve de drones et de missiles sur Israël, des bases américaines et plusieurs pays du Golfe.

L’engrenage classique de la riposte et de la contre‑riposte est déjà enclenché, et la déclaration française se situe clairement du côté de l’escalade capacitaire.

Pour Paris, les risques sont multiples. Sur le plan militaire, toute participation à des frappes contre les infrastructures iraniennes de missiles ou de drones exposerait les forces françaises stationnées en Irak, en Jordanie ou dans le Golfe à des représailles directes de Téhéran ou de ses alliés non étatiques.

La France deviendrait alors, aux yeux de l’appareil sécuritaire iranien, un belligérant à part entière, avec la possibilité d’actions asymétriques sur son sol, comme durant les attentats terroristes de l’année 1986, ou contre ses intérêts en Afrique et au Liban.

Politiquement, l’alignement affiché sur les « mesures défensives » souhaitées par Washington, au moment où le président Trump promet de « démolir » l’appareil militaire iranien, enferme Paris dans la stratégie américaine, sans garantie de contrôle sur le tempo ni sur l’ampleur de la confrontation.

Le discours diplomatique de prudence – appels au Conseil de sécurité, insistance sur la nécessité de négociations – risque alors d’apparaître comme un simple voile rhétorique recouvrant une logique de guerre de coalition.Diplomatiquement enfin, une implication militaire directe contre l’Iran hypothèquerait durablement la capacité de la France à jouer un rôle de médiateur régional, déjà affaiblie par sa proximité croissante avec Israël et certaines monarchies du Golfe.

Elle fragiliserait aussi davantage le régime de non‑prolifération, en confortant la perception à Téhéran que seule la dissuasion nucléaire peut garantir la survie du régime.

Dans ce contexte, les risques d’engrenage guerrier entre la France et l’Iran – par extension, entre l’Iran et l’ensemble des Européens – ne relèvent plus de la spéculation mais d’un horizon plausible, inscrit noir sur blanc dans un communiqué officiel.

Puisque cette évolution engage potentiellement les forces armées, la sécurité du territoire et la place internationale de la France, il est impératif qu’un débat public s’ouvre immédiatement.

Un débat solennel et contradictoire, selon l’article 35 de notre Constitution, doit être organisé à l’Assemblée nationale afin de clarifier les objectifs, les lignes rouges et le mandat démocratique de toute participation française à une éventuelle escalade militaire contre l’Iran, car il ne s’agit ni plus ni moins que d’une guerre.

Laisser un commentaire

Trending

En savoir plus sur Souveraineté populaire

Abonnez-vous pour poursuivre la lecture et avoir accès à l’ensemble des archives.

Poursuivre la lecture