La fin des accords New START, dernier vestige du contrôle bilatéral des arsenaux nucléaires entre Moscou et Washington, marque un tournant inquiétant dans la sécurité mondiale.
Héritier des accords SALT de 1972, signé en 2010, prolongé in extremis en 2021 pour cinq années supplémentaires, ce traité limitait le nombre d’ogives nucléaires déployées à 1 550 par pays et imposait un régime d’inspections mutuelles.
Il constituait, malgré ses limites, une balise essentielle dans la gestion du risque d’escalade entre les deux plus grandes puissances atomiques.
Or, ce cadre a désormais volé en éclats. Si les États-Unis dénoncent l’attitude de la Russie et justifient la fin de l’accord par le contexte ukrainien, il faut rappeler que Moscou avait officiellement proposé une prolongation sans conditions préalables, dans un esprit de stabilité stratégique mais Washington a rejeté cette main tendue.
Une telle décision laisse le monde sans mécanisme de transparence sur les arsenaux nucléaires pour la première fois depuis la fin de la Guerre froide.
Le climat de méfiance s’était déjà aggravé après les attaques de drones ukrainiens contre des bases abritant des bombardiers stratégiques russes, notamment à Engels et Diaghilevo.
Ces avions Tupolev TU-95, porteurs potentiels de missiles nucléaires, constituent un élément clé de la dissuasion russe. Or, la précision et la portée de ces frappes soulèvent des questions : comment Kiev a-t-il pu localiser et atteindre des cibles aussi sensibles, situées à plusieurs milliers de kilomètres à l’intérieur du territoire russe, sans le concours des services de renseignement occidentaux ?
Pour Moscou, la réponse ne fait guère de doute. L’implication directe ou indirecte de ces derniers place la coopération nucléaire avec les USA comme une fuite de données exploitable par Kiev : désormais, la Russie n’a plus intérêt à partager d’informations sur le déploiement ou l’état de ses forces stratégiques, comme elle s’y obligeait dans le cadre de New START.
La transparence, jadis gage de stabilité, devient perçue comme une vulnérabilité exploitée par l’adversaire.
La mort de New START n’est donc pas qu’un épisode technique. Elle symbolise la rupture du dialogue stratégique entre les deux puissances et l’entrée dans une ère d’opacité et de suspicion.
Sans contrôle mutuel, chaque mouvement militaire peut être interprété comme une provocation. Et sans canaux de confiance, le risque d’erreur, de malentendu ou de surenchère s’accroît. En refusant la prolongation du traité, Washington a pris le risque d’un monde plus instable, où les équilibres se redéfinissent sans garde-fous.
Moscou, de son côté, se replie dans une logique de forteresse assiégée, convaincue que la communication de données sensibles sert désormais à cibler ses propres forces. Bref, l’horloge de l’Apocalypse continue d’avancer son aiguille des minutes.






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