Alors que les États-Unis peinent à calmer la tempête politique provoquée par la mort de deux civils lors d’interventions de la police migratoire (ICE) à Minneapolis, Washington annonce l’envoi de la même agence controversée en Europe. Un choix pour le moins discutable, au moment même où outre-Atlantique, l’on s’interroge sur la brutalité des forces fédérales. Par effet boomerang, c’est a minima la réputation des Jeux olympiques d’hiver de 2026 qui risquent d’être éclaboussés.
Giuseppe Sala, maire de Milan, interroge le bien fondé de la décision.
« C’est une milice qui tue (l’ICE NDLR). Elle n’est pas la bienvenue ici, cela ne fait aucun doute. »
Son indignation, relayée par les médias italiens, traduit le malaise en Europe face à la présence de ces agents formés pour arrêter des migrants, non pour protéger des athlètes. L’ICE, bras armé du Département américain de la Sécurité intérieure, affirme qu’elle ne mènera aucune opération liée à l’immigration et qu’elle travaillera « sous autorité italienne » pour soutenir la sécurité du corps diplomatique étasunien. Un communiqué qui ne parvient pas à dissiper les doutes et le choix de l’unité pour ce type d’événement.
Aux États-Unis, la légitimité même de l’ICE est remise en cause. En moins de trois semaines, deux civils ont été abattus à Minneapolis : Alex Pretti, infirmier de 37 ans, et Renée Good, mère de trois enfants. Les vidéos contredisent les rapports officiels : aucun des deux ne représentait une menace immédiate lorsqu’ils ont été tués. C’est particulièrement vrai pour Alex Pretti, qui a été abbattu de plusieurs balles dans le dos, alors qu’il était déjà plaqué au sol et maitrisé. L’auteur des tirs mortels semblait d’ailleurs croire que la victime détenait un pistolet, se rendant compte après ces tirs, qu’il n’y avait jamais eu d’arme.
Face à la colère populaire, le président Donald Trump a brusquement changé de ton. En quarante-huit heures, il a rappelé son coordinateur Gregory Bovino et envoyé à sa place Tom Homan, l’ancien « tsar des frontières ». Une tentative de reprise en main après que plusieurs sénateurs républicains l’ont averti : les images de Minneapolis ternissent sérieusement son discours sécuritaire à l’approche des élections.
Même des figures du Parti républicain, comme Lindsey Graham, ont exhorté la Maison-Blanche à cesser « de traiter les civils comme des terroristes ». Barack Obama et Bill Clinton, de leur côté, ont appelé les citoyens à la résistance civile contre des « tactiques d’intimidation d’un autre âge ». Le malaise dépasse ainsi les lignes partisanes.
Dans ce contexte, comment justifier que ces mêmes agents participent à la sécurisation d’un événement censé incarner la paix et le dialogue entre les nations ?
La question embarrasse Washington, mais aussi Rome. Le gouvernement italien, discret pour l’instant, se retrouve pris entre la nécessité diplomatique et la colère d’une partie de l’opinion publique. Alessandro Zan, eurodéputé social-démocrate, y voit « une atteinte grave aux valeurs européennes » :
« Nous n’avons pas besoin de forces étrangères connues pour bafouer les droits de l’homme. »
Officiellement, les agents de l’ICE ne seront là que pour appuyer la sécurité du vice-président JD Vance et du secrétaire d’État Marco Rubio lors de la cérémonie d’ouverture. Mais dans le contexte et vu la nature de leur tâche, cette présence questionne plus que jamais.






Laisser un commentaire