Le géant automobile français Renault, se reconvertit aujourd’hui dans l’armement high-tech. Exit les berlines familiales : le groupe va produire des drones pour l’armée française, sous l’impulsion du ministère des Armées. Un porte-parole de Renault fanfaronne sur son « savoir-faire » en conception et production en série d’objets high-tech, respectant « qualité, coût et délais ».
Selon Les Échos, Renault s’associe à Turgis Gaillard – un spécialiste français déjà rompu aux drones militaires – sous l’égide de la Direction générale de l’armement (DGA). L’objectif ? Produire des drones, utilisables non seulement pour des frappes mais aussi pour des missions d’observation et de reconnaissance. Le contrat initial s’élève à 35 millions d’euros, avec un potentiel de un milliard sur dix ans et une cadence de 600 exemplaires par mois.
Cette reconversion n’est pas anodine pour un constructeur en crise, miné par la transition électrique, la sortie du marché russe pour l’euro symbolique et la concurrence chinoise. Produire des armes pourrait rapporter gros, mais elle interroge : Renault, fleuron du CAC 40, veut-il laver son image en se parant des plumes de l’innovation militaire ?
Le fantôme de Vichy : quand Renault armait les nazis
Pour comprendre ce virage, un détour par l’Histoire s’impose. Pendant l’Occupation (1940-1944), Renault n’était pas une victime passive. Louis Renault, fondateur du groupe, collabore activement avec l’occupant nazi. Son usine de Billancourt produit en masse des camions, des chars et des munitions pour la Wehrmacht, employant des travailleurs forcés et des prisonniers. Selon les archives du Musée de la Résistance et les travaux de l’historien Alain Frerejean (Louis Renault, un visionnaire dans la tourmente, 2010), l’entreprise livre plus de 30 000 véhicules militaires aux Allemands, contribuant directement à leur effort de guerre.
À la Libération, Louis Renault est arrêté pour collaboration. Il meurt en détention en 1944 – officiellement d’un cancer, mais les soupçons de suicide ou d’assassinat persistent. L’État nationalise l’entreprise en 1945, la rebaptisant Régie nationale des usines Renault (RUR). En 1996, un rapport parlementaire français confirmait que Renault avait « activement collaboré » (Rapport sur les entreprises françaises sous l’Occupation). Aujourd’hui, alors que le groupe évoque son « expertise high-tech », on ne peut s’empêcher de noter l’ironie : passer des blindés nazis aux drones militaires, est-ce vraiment un progrès ?
Renault porte une responsabilité particulière, celle d’un fleuron d’État. Entrer dans les drones militaires – des armes autonomes souvent critiquées par les ONG comme Amnesty International pour leur potentiel de « guerre à distance » et conséquences sur les populations civiles – pose des questions éthiques légitimes.
Le ministère des Armées vante la souveraineté industrielle, mais les contribuables paieront la note. Renault, qui peine à vendre des voitures électriques, trouve-t-il là sa planche de salut ?






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