La France consacre des milliards à la défense de l’Ukraine et affiche des velléités à protéger le Groenland, mais n’est pas capable d’empêcher l’installation durable de factions armées étrangères sur son propre sol en Guyane.
Ce contraste met à nu une hiérarchie des priorités où la souveraineté outre‑mer semble peser moins lourd que les gesticulations géopolitiques, de plus en plus coûteuses, par ailleurs.
En Guyane, l’opération Harpie est menée depuis 2008 pour lutter contre l’orpaillage illégal, sans jamais avoir éradiqué le phénomène. Malgré des années de déploiements dans des conditions extrêmement difficiles, nos forces armées en Guyane constatent la persistance d’un « phénomène exogène » structuré, alimenté par des réseaux brésiliens et surinamais. Désormais, quatre factions armées brésiliennes – PCC, Comando Vermelho, Família Terror do Amapá et Amigos Para Sempre – sont signalées comme présentes en Guyane, liées au narcotrafic et à une criminalité d’importation particulièrement violente.
Ces groupes, qui se sont structurés dans les prisons brésiliennes, disposent de moyens quasi militaires et d’une hiérarchie structurée. Leur marque de fabrique est l’usage décomplexé de la violence allant des braquages aux assassinats.
Un rapport du Sénat dénonce le pillage des ressources guyanaises par ces acteurs étrangers, aussi bien par l’orpaillage clandestin que par la pêche illégale. Selon ce document, 96 % des orpailleurs illégaux sont brésiliens, tandis que la logistique provient majoritairement du Suriname, via des comptoirs tenus par des commerçants chinois sur le Maroni.
Les conséquences sont connues : criminalité, déforestation massive, pollution au mercure estimée à 13 tonnes déversées chaque année dans la forêt tropicale. Autrement dit, la frontière amazonienne est devenue à la fois un no man’s land sécuritaire et une zone économique anarchique, où la loi française recule de facto.
Les militaires français en Guyane savent qu’ils ne font plus face seulement à des garimpeiros misérables, mais à des groupes paramilitaires dotés d’armes de guerre, de télécommunications via Starlink, de financements criminels, et d’une culture de la terreur. Les autorités évoquent aussi désormais des factions ultraviolentes qui considèrent la Guyane comme une porte d’entrée vers l’Europe pour le trafic de cocaïne, ce qui change radicalement la nature de la menace.
Face à cela, l’État se contente de recommandations connues : création de « zones de défense et de sécurité » qui deviendraient des zones d’exclusion pour l’orpaillage, et renforcement du contrôle des frontières. Même les rédacteurs du rapport concèdent que ces mesures sont « plus faciles à dire qu’à faire », manière polie de reconnaître la disproportion entre l’ampleur du danger et les moyens réellement engagés.
Parallèlement, la France se flatte de jouer les grandes puissances en consacrant des milliards d’euros à l’effort de guerre ukrainien, entre aide militaire, soutien budgétaire et mobilisation diplomatique de tous les instants. Dans la zone arctique, elle affirme sa volonté de contribuer à la défense du Groenland contre un ennemi chinois imaginaire alors que les USA sont la véritable menace.
Comment justifier que notre pays soit capable de dépenser des dizaines de milliards pour prolonger une guerre en Ukraine que chacun sait perdue, mais peine à empêcher des groupes criminels étrangers d’imposer leur loi dans sa propre forêt amazonienne ? Cette contradiction nourrit l’idée d’une puissance obsédée par son image sur les théâtres extérieurs, mais résignée à l’étiolement de son territoire ultramarin.
La Guyane n’est pas une colonie lointaine : c’est un territoire national peuplé de citoyens français qui ont malheureusement l’impression que la métropole les abandonne à leur triste sort. Laisser s’y enraciner ces factions armées étrangères, c’est accepter qu’une partie de la souveraineté soit négociable avec ces criminels alors qu’elle finira par menacer par ricochet la métropole où d’autres cartels, comme la DZ Mafia, ont déjà pris leurs aises.
Les rapporteurs ont pourtant prévenu : « avant qu’il ne soit trop tard, il est urgent d’agir » pour traiter sérieusement cette problématique car bientôt la gangrène mafieuse aura totalement dévoré la société guyanaise.
Tant que l’État continuera de financer sans compter des engagements lointains, tout en tolérant une invasion rampante de ces mafias en Guyane, ce double discours décrédibilisera la prétention française à défendre le droit international et affaiblira dans le même temps la sécurité intérieure de notre pays.






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