Une rubrique sur la corruption des milieux et élites politiques, alors que depuis l’apparition des politiciens professionnels, cumulards de mandats, les affaires éclatent les unes après les autres sous la Ve République. Ces politiciens sont devenus une caste, à la manière de l’aristocratie sous l’Ancien Régime. Ils ne s’intéressent pas à l’intérêt général, ni de la France, ni du Peuple français, mais à des objectifs personnels, de carrière, d’enrichissement, de pouvoir. Ils sapent le tissu social, détruise la souveraineté de la France, pratiquent le clientélisme, vivent dans des milieux endogames et népotiques, ils viennent hélas de toutes les franges politiques et mon propos ne sera pas d’attaquer un ou plusieurs partis politiques, mais de les attaquer tous. Pour le faire une arme simple : la biographie. A travers l’étude des biographies, apparaît alors la vraie nature de ces politiciens corrompus, d’oligarques, de barons locaux et d’une faune cravatée.
C’est un mal qui ronge la République française de longue date. Mais on assiste à une accélération du phénomène. Les affaires furent plus nombreuses à partir de la présidence de Giscard d’Estaing et François Mitterrand, puis se multiplièrent jusqu’à celle d’Emmanuel Macron. Depuis son arrivée, le phénomène a pris une ampleur inquiétante. Nous assistons à une corruption massive des milieux politiques, le mauvais exemple étant donné au plus haut niveau de l’État. Mon propos sera de balayer un demi-siècle de corruption endémique, un état des lieux effrayant mais nécessaire.
Aujourd’hui dans Souveraineté Populaire j’aborderai le cas de Stéphane Ravier, l’histoire d’un fils d’ouvrier, de la France très modeste, quartiers Nord de Marseille, devenu un politicien professionnel. Vieux routard du Front National, puis du Rassemblement National, enfin de Reconquête, puis sans couleur politique, c’est l’histoire banale d’un homme ayant croqué dans la pomme du pouvoir, puis ayant abusé de ses prérogatives. Ce n’est pas le plus grand bandit de la République, mais des plus petits, aux plus grands truands de la politique professionnelle, ils sont l’un des fléaux de la France. Chaque année, des dizaines, des centaines d’affaires sont révélées par la presse… La Justice dort parfois pendant des années, tandis que les citoyens sous perfusion de propagande dorment eux aussi d’un sommeil lourd et profond…



Mais qui est Stéphane Ravier ? Il naquit le 4 août 1969, à Gap, dans les Hautes-Alpes, originaire de la France la plus modeste, fils d’un ouvrier électricien et d’une mère au foyer, avec des origines italiennes. Sa famille vivait dans les quartiers pauvres de Marseille, les quartiers Nord. Il fit des études supérieures et réussit le concours de la fonction publique d’État, intégrant l’administration des Postes, télégraphes et téléphones, les PTT, dans le service postal. Par la suite, il occupa des fonctions d’employé au service commercial d’Orange, à Marseille, avant d’être mis en disponibilité, ayant entamé une carrière de politicien professionnel.
Il se politisa très jeune, entrant dans le Front National, dès l’âge de 16 ans (1975). Du militant, il fut bientôt un cadre local du parti (1991), bientôt élu conseiller municipal à Marseille (1995), puis cumulant des mandats. Son décollage fut très long, dans la lente progression du FN, mais il était tête de liste du FN (2008) et fut élu conseiller régional de Provence-Alpes-Côte d’Azur (2010-2016). De ce tremplin, il réussit à se faire élire maire du 7e secteur, 13e et 14e arrondissements de Marseille (2014-2017). La consécration vint lorsqu’il fut élu sénateur des Bouches-du-Rhône, devenant l’un des premiers élus FN au Sénat (2014-2020). Marié une première fois, avec deux enfants, il se remaria… avec son assistante parlementaire, dont il eut ensuite trois enfants (2022, 2023 et 2025).
Il osa même se présenter à l’élection pour la mairie de Marseille (2020), tête de liste du Rassemblement national, arrivant en 3e position. Il fut battu cette année-là dans son 7e secteur de Marseille, perdant son poste de maire (20 % des voix), mais fut réélu à son siège de sénateur. En 2022, il claqua la porte du RN, pour rejoindre le Parti Reconquête d’Eric Zemmour (février 2022), pour des raisons inconnues, mais probablement liées à des désaccords politiques. Il quitta ensuite ce parti, restant sans étiquette (2024). Il avait entre temps tenté de lancer son propre parti local, Marseille d’Abord (2022), essayant sans succès de faire beaucoup de bruits.



Les Affaires Stéphane Ravier. Pendant longtemps contenus loin des mandats politiques, FN et RN pouvaient se targuer de la corruption des autres partis de pouvoir. La suite a démontré que cette formation l’était tout autant que les vieilles bandes politiciennes, socialiste, européiste, atlantiste, libérale, centriste… En 2019, un audit de l’Agence française anticorruption mené dans la mairie du 7e secteur de Marseille, mirent à jour des pratiques illégales et mafieuses. Le premier fait était le recrutement de son propre fils, Thomas Ravier, âgé de 21 ans, au service des espaces verts de sa mairie de secteur (août 2015). Il est à noter que l’opposition avait fait passer l’information à la presse et que le journal Marsactu avait dénoncé le fait dès le 30 octobre 2015, sans succès.
Il fut poursuivi pour prise illégale d’intérêts, le népotisme, clientélisme et favoritisme étant interdits en France, mais restant un fléau de la classe politique. La procédure dura longtemps, l’escargot judiciaire se réveillant par un premier jugement, le 29 mai 2024. Il fut condamné à 6 mois de prison avec sursis et 1 an d’inéligibilité par le tribunal correction de Marseille. Comme beaucoup de politiciens professionnels, cherchant à repousser l’échéance, il fit appel de la condamnation, gagnant un peu de temps. La cour d’appel d’Aix-en-Provence confirma la condamnation (10 février 2026), mais son fils fut relaxé. Le procureur général déclara lors du procès : « que Stéphane Ravier avait utilisé son mandat pour obtenir un emploi à vie dans la fonction publique territoriale pour son fils ».





L’audit démontra qu’il avait aussi floué et contourné les règles des offres publiques de marché, en attribuant par copinage, en partage à deux sociétés un marché de rénovation du site Internet de la mairie, bénéficiant en fait à une unique personne, dans la clientèle de Ravier (septembre 2016-juin 2017). L’affaire traîna encore plus longtemps dans les tribunaux totalement dépassés, voire incompétents. Il fut condamné en premier jugement à 3 mois de prison avec sursis, 5 000 euros d’amende et 1 an inéligibilité par le tribunal correctionnel de Marseille (17 février 2026). La fraude était que Ravier divisait le marché en deux lots inférieurs à 25 000 euros, un seuil à partir duquel une mise en concurrence est obligatoire… Sa nièce qui lui succéda ensuite à la mairie, Sandrine D’Angio fut également condamnée à une amende et inéligibilité, pour les mêmes pratiques mafieuses…





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