Stéphane Séjourné, Commissaire européen chargé des Affaires étrangères et de la politique de sécurité, est donc officiellement présenté comme le compagnon de Gabriel Attal, désormais candidat à l’élection présidentielle française.
Le fait que Séjourné ait été proposé comme Commissaire européen par le gouvernement français, dont Attal était alors Premier ministre, (même si, pour la forme, la candidature officielle a attendu la nomination de Michel Barnier pour être officialisée) met au jour une faille profonde du système institutionnel européen. En effet, plutôt que de prévenir les conflits d’intérêts, Bruxelles se contente de les ignorer, au nom d’une « neutralité » de façade.
Sur le papier, la Commission est censée incarner l’intérêt général de l’Union, en dehors des logiques nationales, partisanes ou personnelles. Mais la présence en son sein d’un commissaire lié affectivement et politiquement à un candidat au poste de chef de l’État d’un des principaux États membres révèle à quel point ce discours est creux.
Les règles actuelles ne bannissent pas les liens personnels avec les élites nationales ; elles reposent sur une confiance a priori, prétendument assise sur des procédures de contrôle a posteriori mais souvent opaques et inefficaces. En pratique, celles-ci permettent que la frontière entre intérêt public et calculs politiques familiaux devienne floue.
Cette situation affaiblit d’abord la légitimité de l’Union auprès des autres États membres. Comment un ministre étranger ou un chef de gouvernement peut‑il accepter que des décisions sensibles en matière de stratégie industrielle, dont est chargé Séjourné en tant que Commissaire, soient prises par un responsable dont la loyauté sera, au minimum, perçue comme partagée entre Bruxelles et Paris ?
L’Union se vante de ses règles de transparence, mais elle tarde à les appliquer quand il s’agit de ses propres élites. Au lieu de corriger ce type de situation, elle préfère fermer les yeux, de peur de déstabiliser l’équilibre fragile entre les États.
Séjourné se trouve donc pris dans un système qui l’a nommé, sans se préparer à en mesurer pleinement les conséquences sur la fragilisation des institutions européennes. En effet, au lieu de fixer des barrières claires (interdiction de liens directs avec des candidats aux fonctions suprêmes, règles strictes de séparation des fonctions), ces dernières se contentent de rectifier parfois les effets a posteriori. On l’a vu pour la Commission Santer, tombée en 1999 déjà pour des scandales de népotisme liés à Edith Cresson.
Au regard de ces dysfonctionnements, la meilleure solution serait que Stéphane Séjourné démissionne : non pas uniquement parce qu’il commettrait une faute politique en restant à son poste, mais parce que la continuité de son mandat serait la marque d’un népotisme assumé, symbolisant la complaisance structurelle de l’Union européenne envers une petite caste endogame.






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