L’opinion publique américaine connaît actuellement un basculement silencieux mais profond. Selon un sondage de l’institut Pew, 60 % des adultes américains portent désormais un regard défavorable sur Israël, soit une hausse de 18 points par rapport à 2022.
Plus frappant encore, la part de ceux qui expriment une opinion “très défavorable” a triplé en quatre ans, atteignant 28 %. Dans un pays où le soutien à Israël a longtemps constitué un consensus bipartisan, ce glissement n’a rien d’anecdotique.
Cette évolution ne concerne pas seulement l’électorat démocrate. Si 80 % des démocrates interrogés ont aujourd’hui une opinion défavorable ou très défavorable d’Israël, le phénomène touche aussi une partie croissante des républicains, dont 41 % partagent désormais ce jugement. Le signal le plus important est générationnel: parmi les républicains de moins de 50 ans, 57 % ont une opinion négative d’Israël. Autrement dit, le socle traditionnel du soutien républicain montre lui aussi des fissures durables.
Le Premier ministre Benjamin Netanyahou n’échappe pas à cette dégradation. Pew indique que 59 % des adultes américains ont peu ou pas confiance dans sa capacité à prendre les bonnes décisions sur les affaires internationales. Le président Donald Trump, lui, suscite également des réserves sur la gestion du dossier israélo-américain, puisque 55 % des sondés disent manquer de confiance dans sa manière de traiter cette relation.
Au-delà des chiffres, ce sondage reflète un changement plus large. En effet, la politique belliqueuse du Likoud, les accusations de génocide à Gaza, de nettoyage ethnique en Cisjordanie et de crimes de guerre au Liban ont instauré des doutes croissants sur la stratégie israélienne au Moyen-Orient. Ceux-ci pèsent désormais lourdement sur la perception de ce pays aux États-Unis. Malgré les dénégations de la hasbara, les services de communication de l’état juif, Israël est aussi suspecté d’avoir entraîné les USA dans une guerre hasardeuse contre l’Iran.
Le lobby pro-israélien aux États-Unis, l’AIPAC, est désormais régulièrement vilipendé sur les réseaux sociaux et les membres du Congrès ayant bénéficié de ses largesses sont victimes de campagne de type « name and shame » qui vont compromettre leur réélection.
L’idée selon laquelle Israël resterait un allié incontesté et unanimement soutenu paraît de moins en moins tenable. Le débat américain n’oppose plus seulement partisans et adversaires d’Israël; il révèle aussi une fracture générationnelle et partisane qui pourrait, à moyen terme, redéfinir durablement la politique étrangère américaine, ce qui serait catastrophique pour l’état hébreu, très dépendant de l’aide militaire des États-Unis.






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