En septembre 1942, le sous-marin allemand U-156 coule le paquebot britannique Laconia, transportant des prisonniers italiens, des civils et des soldats. Le commandant Karl Dönitz ordonne initialement des opérations de sauvetage. Mais un avion allié bombarde les embarcations de secours, tuant des survivants et menaçant le U-Boot.

Le 17 septembre, Dönitz émet alors « l’ordre Laconia » : « Toute tentative de sauvetage des naufragés de navires coulés, qu’ils soient ennemis ou non, est interdite. » Il invoque la sécurité des sous-marins et accuse les Alliés de ne pas respecter les règles humanitaires.

Cet ordre, interprété comme un refus systématique de porter secours, deviendra central au procès de Nuremberg. Jugé en 1945-1946 pour crimes de guerre, l’amiral Dönitz (successeur d’Hitler en 1945) est condamné à dix ans de prison. Les juges retiennent que l’ordre Laconia viole le Protocole de Londres de 1936 et le droit coutumier de la mer, qui exigent de secourir les naufragés lorsque cela ne met pas en péril le submersible.

Pourtant, les Américains et Britanniques avaient pratiqué une guerre sous-marine sans restriction dans le Pacifique, sans eux-mêmes porter secours aux Japonais. L’amiral Nimitz avait même témoigné en faveur de Dönitz. La cour avait reconnu cette incohérence mais maintenu la condamnation, soulignant que l’ordre explicite de Dönitz constituait un crime de guerre.

Près de 84 ans plus tard, l’histoire semble se répéter mais dans l’impunité judiciaire.

Le 4 mars 2026, un sous-marin d’attaque rapide de l’US Navy a torpillé, dans l’océan Indien au large du Sri Lanka, la frégate iranienne IRIS Dena (classe Moudge), dernier fleuron de la flotte de Téhéran.

Une seule torpille Mk-48 a suffi : la « mort silencieuse », selon le secrétaire américain à la Défense Pete Hegseth. Il s’agit du premier torpillage d’un navire ennemi par un sous-marin américain depuis 1945, selon lui.

À bord, se trouvaient environ 180 marins.

Le sous-marin américain ne s’est pas arrêté alors qu’aucune menace postérieure n’était à craindre.

Aucune opération de sauvetage n’a été lancée par l’US Navy. C’est la marine sri-lankaise qui a répondu au signal de détresse : 32 survivants blessés sont repêchés, 87 corps récupérés, une soixantaine de marins portés disparus.

Le parallèle est saisissant. Dönitz fut condamné pour avoir interdit le sauvetage ; les États-Unis, dans un contexte de conflit ouvert avec l’Iran mais sans déclaration de guerre, viennent de couler un navire de guerre sans porter assistance aux naufragés.

Le droit international (Convention de Genève, droit de la mer) impose pourtant toujours cette obligation lorsqu’elle est faisable.

Mais la force l’emportera sur le droit : nul tribunal international ne jugera les responsables américains.

L’ordre Laconia fut un crime de guerre jugé comme tel mais son écho contemporain, un simple fait accompli sans aucune conséquence judiciaire. C’est une triste illustration de la sélectivité de la justice des vainqueurs, hier comme aujourd’hui.

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