Christopher Paul Catrambone est un entrepreneur italo-américain devenu une figure emblématique des frontières troubles entre business de guerre, secours humanitaire et politique migratoire en Méditerranée.
Né en 1981, à Lake Charles, en Louisiane, il a fait fortune très jeune dans un créneau ultra-spécialisé : l’assurance et l’assistance dans les zones de conflit.
En 2006, il fonde à Malte Tangiers Group, un groupe offrant assurance-décès, pension d’invalidité et rapatriement médical pour le personnel des entreprises opérant en environnements à haut risque, des journalistes aux contractants militaires privés, euphémisme pour les mercenaires. Tangiers Group oeuvre sur des théâtres comme l’Irak ou l’Afghanistan, où opèrent justement armées privées, sous-traitants de la défense et compagnies de sécurité du type Blackwater.
Cette spécialisation dans la « war zone insurance » repose sur une chaîne d’infrastructures discrètes : réseau d’hôpitaux sécurisés au Kurdistan irakien, en Afghanistan, gestion de risques complexes pour de grands assureurs internationaux.
La souscription de contrats à forte prime et donc, en cas de faible sinistralité, de rentabilité très élevée, font de Tangiers Group un acteur recherché de l’économie des conflits et un maillon indispensable de la logistique de guerre.
Dans ce milieu, l’entreprise s’est imposée comme un interlocuteur naturel pour les sociétés militaires privées et sous-traitants engagés dans les opérations américaines et alliées, ces zones grises où la frontière entre armée régulière, mercenariat et sécurité privée se brouille.
À la fin des années 2000, Catrambone est devenu multimillionnaire, incarnation d’une génération d’entrepreneurs qui monétisent les risques extrêmes de la mondialisation sécuritaire et se sont enrichis par centaines de millions grâce aux interventions en Irak, en Afghanistan puis en Libye.
Mais l’assureur des mercenaires va devenir brutalement un humaniste au grand cœur, du moins selon l’image envoyée aux médias après 2013.
Cette année-là, un naufrage au large de Lampedusa, où des centaines de migrants se noient en tentant de rejoindre l’Europe, agit, selon son propre récit, comme une révélation comparable à celle de Saint Paul sur le chemin de Damas.
Catrambone décide, depuis Malte avec son épouse italienne Regina, d’investir plusieurs millions de dollars de sa fortune personnelle dans un projet inédit : un dispositif privé de recherche et de sauvetage en mer pour sauver les pauvres migrants traversant la Méditerranée.
Le couple fonde alors MOAS (Migrant Offshore Aid Station), ONG maltaise dédiée au repérage des embarcations de fortune en détresse et au secours de leurs passagers.
Ils achètent un navire, le MV Phoenix puis plusieurs autres, sous l’égide de Tangiers, et engagent équipages, médecins et drones d’observation pour patrouiller en Méditerranée centrale puis en mer Égée.
Entre 2014 et 2017, MOAS revendique des dizaines de milliers de personnes secourues au large de la Libye et de la Grèce, s’imposant comme un prototype d’« humanitarisme privé » financé par capitaux individuels.
Cette visibilité vaut au couple Catrambone la reconnaissance d’une partie du monde humanitaire, des articles flatteurs dans la presse, mais aussi les attaques virulentes de responsables politiques italiens qui accusent cette ONG de faire le jeu des passeurs en facilitant la traversée, voire de faire partie de l’écosysteme financier d’un trafic d’êtres humains.
Pour ceux-ci, ces opérations de sauvetage sont assimilées à un « pont maritime » organisé pour le compte des réseaux de trafic, transformant le sauveteur en « passeur » supposé, malgré l’absence de preuves judiciaires directes contre MOAS.
Aujourd’hui, après avoir, un temps, laissé Tangiers à ses équipes pour se consacrer à MOAS, Catrambone est revenu à ses affaires d’assurances de mercenariat, tout en revendiquant une vision où l’initiative privée, qu’elle soit commerciale ou humanitaire, comble les vides laissés par les pouvoirs publics.
Il déclare avoir, toute sa vie, « défendu la démocratie et les droits de l’homme».
Chacun jugera de la sincérité de cet ami d’Erik Prince, le fondateur de BlackWater.






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