L’annonce par Bessent d’une hypothétique conquête de l’île iranienne de Kharg par les Marines américains relève moins de la démonstration de force que d’un exercice de communication s’inscrivant dans une propagande de guerre.
Pour donner corps à cette dernière, les navires porte hélicoptères de l’US Navy et les vaisseaux amphibies de débarquement du corps des Marines ont quitté avant-hier la base de San Diego et devraient arriver en vue du détroit d’Ormuz dans trois semaines.
Derrière l’apparente audace militaire, cette potentielle opération met surtout en lumière, en l’espèce, une série de vulnérabilités majeures de l’US Navy et du corps des Marines, tant sur le plan géographique que tactique. Située au fond du Golfe Persique, à proximité immédiate des côtes iraniennes, l’île de Kharg constitue un objectif intrinsèquement défavorable à une conquête par toute puissance extérieure à ce dernier. Pour y accéder, l’US Navy devrait nécessairement franchir le détroit d’Ormuz, un goulet d’étranglement maritime parmi les plus surveillés et militarisés au monde. Cette simple contrainte transforme toute projection de force en pari risqué, exposant les navires américains à une menace immédiate dès l’approche des côtes iraniennes qu’ils devront ensuite longer pendant plus de 1000 km.
Car contrairement à d’autres théâtres d’opérations où les États-Unis bénéficient d’une supériorité technologique écrasante, le Golfe Persique est un environnement asymétrique où l’Iran a méthodiquement développé des capacités de déni d’accès. Missiles antinavires, drones aériens et sous-marins, mines, vedettes rapides et même artillerie côtière suffiraient à transformer la progression d’une flotte américaine en cible quasi statique. À une distance aussi réduite, la sophistication des systèmes d’armes devient presque secondaire : la saturation et la proximité jouent en faveur de Téhéran.
L’idée même de tenir durablement Kharg apparaît tout aussi problématique. Une fois débarquées, les forces américaines seraient isolées, dépendantes de lignes d’approvisionnement vulnérables et sous la menace permanente de frappes iraniennes. L’île, loin d’offrir un avantage stratégique décisif, pourrait rapidement se muer en piège opérationnel.
En définitive, cette annonce semble ignorer les réalités élémentaires de la géographie et de la guerre navale contemporaine. Plutôt qu’une démonstration de puissance, elle évoque une posture risquée, où la symbolique prend le pas sur la rationalité stratégique. Dans un espace aussi contraint que le Golfe Persique, la supériorité militaire ne garantit ni la liberté d’action ni la sécurité des forces engagées.
Si Trump décidait toutefois d’y engager les forces armées états-uniennes, il hâterait la la fin de l’empire américain.






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